UTILE À SAVOIR


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dimanche 6 mai 2018

CEIJA STOJKA À LA MAISON ROUGE



lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
nous te buvons midi la mort est un maître venu d’Allemagne
nous te buvons soir et matin nous buvons et buvons
la mort est un maître venu d’Allemagne son œil est bleu…

Paul Célan (1920-1970)




La maison rouge

C’est une maison rouge située dans le quartier de la Bastille à Paris, face au port de l’Arsenal. Ce n’est pas vraiment une maison, c’est une ancienne usine reconvertie en musée, une sorte d’immense loft qui accueille des expositions d’art contemporain atypiques depuis 2004. Ce musée a été créé par Antoine de Galbert, collectionneur avisé et passionné d’art. Malheureusement, l’aventure touche à sa fin puisque ce lieu va bientôt fermer ses portes. Il est donc urgent de s’y rendre afin de vivre une expérience hors du commun.




La maison rouge organise de 3 à 6 expositions chaque année. Chaque exposition de collection fait l’objet d’une publication en français et en anglais. Des événements sont également organisés en marge des expositions.


Trois expositions

Du 23 février au 20 mai 2018, la maison rouge présente trois expositions très différentes et complémentaires au plan esthétique, thématique et poétique.

Black Dolls




C'est un ensemble de 200 poupées créées aux États-Unis par des noirs américains entre 1840 et 1940. L’exposition s’intitule Black Dolls et propose une scénographie d’une beauté mystérieuse et saisissante.
Pour lire l'article de Cathie Fidler à ce sujet, cliquez ici.

Demeure




Une fois par an, l’association des amis de la maison rouge élit un artiste qui crée une œuvre installée dans le patio du musée.
Au tout début du parcours, on laisse son imaginaire vagabonder devant une demeure éphémère faite de ciment et de tiges de fer, conçue par le plasticien Lionel Sabatté.

Et puis il y a l'exposition Ceija Stojka (1993-2013), Une artiste rom dans le siècle. Préparez-vous à vivre une expérience unique faite de cris muets et de déchirures fracassantes, de couleurs brutes et de douleurs enfouies dans la matière. 

Une artiste rom dans le siècle




Ceijka Stojka (1993-2013)

L’exposition regroupe une sélection de 150 œuvres peintes ou dessinées par cette artiste rom autrichienne qui a survécu à l’enfer des camps. Déportée à l’âge de dix ans avec sa mère et ses frères et sœurs, elle a vu la mort en face à Auschwitz, à Ravensbrück et à Bergen-Belsen. À l’instar de nombreux rescapés, elle ne dira rien de ce qu’elle a vu ou vécu pendant une quarantaine d’années. Soudain, à l’âge de 55 ans, elle fait le chemin à rebours par le biais de l’écriture tout d’abord et surtout, par la suite, par celui du dessin et de la peinture.



Z 6399, 1994, acrylique sur papier cartonné, 70 x 100 cm


On ne connaît pas exactement le nombre de Tsiganes tués au cours de la Shoah. Bien que des chiffres exacts ou des pourcentages ne puissent être vérifiés, les historiens estiment que les Allemands et leurs alliés auraient exterminé de 25 à 50 % de tous les Tsiganes européens. Sur environ un million de Tsiganes vivant en Europe avant la guerre, au moins 220 000 auraient ainsi été tués.

Source : Akadem, cliquez ici.



Ceija Stojka écrit sans relâche, accumule des carnets qu’elle cache dans les placards de son appartement. Elle écrit l’horreur, elle fouille le passé pour en faire surgir la vérité d’une insondable souffrance peinte aux couleurs de l’enfance. Elle travaille debout dans sa cuisine – elle n’a pas appris à peindre. Elle malaxe la peinture, elle pétrit des amas de couleur, elle applique, elle racle, elle griffe la matière. C’est un acte à la fois fébrile et apaisant – un hurlement de peinture et un hymne à la vie en un formidable défi aux forces des ténèbres.



Vie à la campagne, 1993, acrylique sur carton, 50 x 64,5 cm

La première salle de l’exposition est consacrée à la vie « avant », du temps où les Tziganes roulaient. C’est une vision presque idyllique, une sorte de paradis perdu. Pourtant, la menace est bien là, toute proche, et les corbeaux qui volent dans le ciel annoncent l’arrivée des hommes en noir.



Arrestation et déportation, 1995, acrylique sur carton, 70 x 100 cm

La salle suivante raconte la cache, la traque et la déportation. Sur les toiles, des mains levées, de frêles silhouettes colorées et la présence des hommes en noir venus les arrêter. C’est à la fois naïf et d’une puissance incomparable. La couleur éclate dans ce monde dont on sait qu’il est en perdition. Des visages apeurés surgissent d’entre les branches – les yeux disent l’effroi, le mal est hors-champ.



Sans titre, 15.3.2003, acrylique sur papier, 100 x 70 cm

Ceija Stojka a également recours au dessin. On y retrouve le même mélange de puissance et de naïveté avec, peut-être, une férocité dans le trait qui rend la représentation plus acérée.




Taisez-vous! Maman, où es-tu?, 2009, encre et acrylique sur papier, 30 x 42 cm

L’exposition nous transporte ensuite dans les camps. Un train déchire la toile, c’est une sorte de monstre à croix gammée dont on ne sait s’il vient vers nous ou s’il s’éloigne pour rejoindre une destination qui ne figure pas dans le champ. Les wagons noirs s’étirent au loin à la manière des chemins que peignait Van Gogh. Il n’y a pas d’horizon, il n’y a pas d’espoir. La nature sera bientôt grise de cendres. Le ciel appliqué au doigt et à la main est un tourment de couleurs improbables. Le souffle de la mort emporte le tout, de minuscules silhouettes s’agitent derrière des barreaux. Le monstre va-t-il nous engloutir ?




Vienne-Auschwitz, s.d. acrylique sur carton, 50 x 70 cm

La couleur triomphe pour dire l’horreur des cheminées qui crachent leur lot quotidien de fumée âcre. La peinture devient pâte, le mouvement emporte la couleur et les corbeaux montent la garde. On songe à Van Gogh à nouveau. Nous ne sommes pas habitués à voir les camps en couleur. Les films et les photographies qui constituent notre mémoire collective sont en noir et blanc. Pourtant, la petite Ceija qui se hissait sur la pointe des pieds pour distinguer les cheminées, voyait bien le monde en couleur.




Birkenau KZ, 1944, 7.2.2009 (?), acrylique sur toile, 60 x 60 cm

Ceija se souvient de Ravensbrück, des femmes de Ravensbrück serrées les unes contre les autres. Elles sont enfermées dans le cadre et pressées contre les fils barbelés tandis qu’un molosse s’apprête à se jeter sur elles. Quelques bras sont levés et semblent épouser le mouvement des corbeaux.




Les femmes de Ravensbrück, 1944, 18.12. 2008, acrylique sur toile, 

60 x 59,5 cm


L’ultime camp représenté par Ceija Stojka est celui de Bergen-Belsen, libéré par les troupes britanniques le 15 avril 1945. Ceija a onze ans, elle a passé environ quatre mois dans ce camp. 



1945, Bergen-Belsen, 1994, acrylique et peinture argentée 
sur papier cartonné, 70 x 100 cm

Le ciel est plombé, les soldats découvrent l’horreur des monceaux de corps qu’il faut brûler au plus vite pour éviter que ne se propage une épidémie. Les corbeaux et le molosse sont clairement visibles, ils nous accompagnent au fil de l’exposition. Un SS vient d’abandonner son uniforme et porte les habits d’un prisonnier pour sauver sa peau. Il n’est pas parvenu à camoufler la cruauté qui se lit sur son visage. Derrière lui, une silhouette hallucinée représente son maître, Adolf Hitler.




Le parcours se termine par le retour à la vie. Les couleurs chantent à nouveau, mais il ne s’agit pas d’un retour à la paix et à la sérénité. Les tourments du passé habitent le présent, les corbeaux veillent, messagers de la mort et passeurs de vie.



Sans titre, 16.11.2001, acrylique sur carton, 70 x 100 cm

Au terme de ce voyage, ces images de l'indicible laissent leur empreinte et nous invitent au silence. C'est un silence habité de couleurs, lacéré de traces sanglantes, un silence bas et lourd où, malgré tout, la vie palpite. 


Ouvrages publiés par Ceija Stojka

Nous vivons cachés. Souvenirs d’une Romni, 1988.
Voyageurs sur ce monde. De la vie d’une Rom, 1992.
Mon choix d’écrire. Je ne peux pas le faire, 2003.
Je rêve que je vis ? Libérée de Bergen-Belsen, 2005
Auschwitz est mon manteau, 2008.


Extraits

Je rêve que je vis ? Libérée de Bergen-Belsen, éditions Isabelle Sauvage, 2016.


J’étais toujours assise entre les morts, c’était le seul endroit toujours calme. On était à l’abri du vent. La maman savait très bien où j’étais. Quand elle était fatiguée, elle venait et me prenait par la main. Pour dormir elle rassemblait toujours la poussière fine en un petit tas qu’elle posait sur ma hanche. Ou alors on se couchait en croissant de lune, moi sur ses pieds et elle sur les miens. Et quand il faisait très froid, on se tournait, comme ça on était très serrées, couchées sur la terre. Dans la barque, on ne pouvait pas dormir, elle était inutilisable. Il n’y avait pas de toit là-haut, tout était cassé, des longs clous sortaient du sol. Mais ce qui était bien – c’était déjà le printemps et la nature était en plein travail – c’est que sous les barques, au bord des planches, l’herbe poussait. Vert clair ! Si haut ! Comme du lait, avec des pieds blancs. pp. 30 & 31.

Il faut imaginer le cri des soldats alliés en voyant le camp au moment de la libération ! Tant de cadavres ! Les soldats qui nous touchaient pour savoir si on était vrais, si on était vivants ! Qui nous ouvraient la bouche et il fallait qu’on dis quelque chose. Ils ne pouvaient pas comprendre qu’on vivait là entre les cadavres, qu’il restait des vivants entre les morts. Et comme ils pleuraient et criaient ! Et c’était à nous de les consoler ! p. 65.

Toujours, quand je vais à Bergen-belsen, c’est comme une fête ! Les morts volent dans un bruissement d’ailes. Ils sortent, ils remuent, je les sens, ils chantent, et le ciel est rempli d’oiseaux. C’est seulement leur corps qui gît là. Ils sont sortis de leur corps parce qu’on leur a pris la vie violemment. Et nous, nous sommes les porteurs, nous les portons avec notre vie. pp. 76 & 77.




Auschwitz est mon manteau et autres chants tsiganes, éditions Bruno Doucey, Paris, 2018.

Auschwitz est mon manteau
Tu as peur de l’obscurité ?
Je te dis que là où le chemin est dépeulpé,
Tu n’as pas besoin de t’effrayer.
Je n’ai pas peur.
Ma peur s’est arrêtée à Auschwitz
Et dans les camps.
Auschwitz est mon manteau,
Bergen-Belsen ma robe
Et Ravensbrück mon tricot de peau.
De quoi faut-il que j’aie peur ?


Ceija Stojka, Une artiste dans le siècle,
catalogue, Éditions Fage, 2018.


Ceija Stojka a avancé à bras aveugles dans la peinture, portée par les nécessités que les visions de son histoire lui imposaient. Mais cela ne signifie pas qu’elle ne retrouvait pas dans cette aventure picturale si singulière un ton porteur d’une puissance émotionnelle et visuelle saisissante. Son trait, ses couleurs et sa matière, dans l’intuition de sa peinture, firent d’elle l’enfant naturelle d’une grande tradition expressionniste. Elle croise des figures comme celles d’un Munch ou d’un Ensor, mais à travers une œuvre qui a puisé sa force dans les affres de l’abîme ou la lumière n’existe que par les ténèbres qui l’accompagnent. (…)
La peinture de Ceija Stojka nous place dans un entre-deux, entre histoire et mémoire, entre écho et présent. Elle va et vient entre l’apaisement d’un lieu baigné de couleurs et la fureur des paysages de l’innommable.

Philippe Cyroulnik, L’enfer transfiguré, pp : 39 & 40


Liens


Visite vidéo en compagnie de Paula Aisemberg, directrice de la maison rouge. (BeauxArts.com)
Cliquez ici

Entretien: Xavier Marchand et Antoine de Galbert,
Cliquer ici 

Le génocide des Tsiganes européens, 1939-1945.
Cliquez ici.


Le destin des Tsiganes (Roms et Sinti) pendant la Seconde Guerre mondiale. Cliquez ici.


Une catastrophe invisible, la Shoah des Tziganes, Michael Stewart. Cliquez ici.

Texte et photographies: Jacques Lefebvre-Linetzky


samedi 14 avril 2018

PIERRE LESIEUR AU MUSÉE BONNARD


La peinture est une poésie qui se voit 
et ne s’entend pas, 
et la poésie est une peinture qui s’entend 
et ne se voit pas.

Léonard de Vinci

 Escapade 

Connaissez-vous Le Cannet, cette charmante petite ville qui surplombe Cannes ? C’est un lieu magique, à l’écart des paillettes de la Croisette. Des hauteurs du Cannet, on peut voir la mer s’étirer en couleurs changeantes et les îles de Lérins laisser leur empreinte au gré des vagues et des vents.



© Jacques Lefebvre-Linetzky


C’est une ville où il fait bon se promener. On ralentit le pas, on musarde dans les jardins du Tivoli, on médite devant une plaque posée par l’AMEJDAM en souvenir des Juifs déportés et puis, au détour du chemin, on découvre des demeures d’un autre temps et on rêve à rebours. En surplomb de la rue principale, la ville s’accroche à une colline en un réseau de petites rues qui mènent à une place où l’on peut s’arrêter pour prendre un verre et même s’offrir un bon repas tout en admirant le panorama.

J’ai une tendresse particulière pour la rue Saint-Sauveur. C’est là que "je me suis exposé" pour la toute première fois. L’exposition s’appelait Déchirures et la municipalité m’avait accueilli avec générosité dans une coquette galerie au bas de la rue. C’était en 2005.

mercredi 4 avril 2018

BERNARD HEJBLUM, LE SCULPTEUR DE CAGES





Bernard Hejblum, une force sensible

Bernard Hejblum est né en 1931 à Paris, à la "Ruche". Ses parents y étaient venus de Pologne. Pendant la guerre, il trouve refuge dans les Landes de 1941 à 1946. Sa vie est riche de mille expériences, de mille traversées et autres aventures. Enfant caché, il a gardé les vaches et s'est pris de passion pour la forêt des Landes. Il n'a cessé de se construire et de se reconstruire. Il a été chef d'entreprise, marchand de tableaux, dénicheur de talents. Sans cesse en mouvement, il est d'une extraordinaire créativité. 
Lorsqu’on le côtoie, on songe immédiatement à un arbre. Il en a la force, la fragilité, la rugosité, la tendresse. Les pieds fermement arrimés à la terre, il se souvient, il crée, il s’indigne, il écrit, il griffe des mots, il vit au gré des bourrasques, son cœur palpite sous l’écorce…






Un ciseleur de rêves de liberté



© Bernard Hejblum 2016


Bernard est un artiste, un sculpteur de cages, un écraseur de grilles, un broyeur de mailles, un ciseleur de rêves de liberté…




© Bernard Hejblum, 2001

"Mon travail consiste à écraser des cages, c’est une façon pour moi de soigner ma névrose de l’enfermement. C’est un travail que j’ai commencé il y a bien longtemps, ce n’était pas pour moi un travail. Je me souviens de la première cage que j’ai fracassée… je l’avais ramassée dans une maison abandonnée et puis d’autres ont suivi jusqu’au moment où j’en ai eu une grande quantité que j’accrochais sur un mur de ma propriété comme des trophées. Un jour Frédéric Altmann et France Delville m’ont conseillé d’exposer mes œuvres. Pendant longtemps, j’ai refusé d’exposer. Mon père m’avait dit tout de suite après son retour d’Auschwitz, « surtout mon fils, ne te fais pas remarquer » et quelque part, exposer, c’est également s’exposer.
Je me suis finalement laissé convaincre. Mes amis m’ont préparé une première exposition et puis d’autres ont suivi et je continue toujours à soigner ma névrose en écrasant des cages.
J’écrase des cages pour dire combien la liberté est précieuse. Se battre pour la liberté des autres, c’est aussi se battre pour sa propre liberté. Pour moi, l’essence de l’individu, c’est de vivre libre. Pour moi, c’est une révolte, un combat, c’est une résistance. La liberté est un bien précieux qu’il faut nourrir. Écraser des cages pour moi, c’est une façon de dire quelque chose et non pas de montrer."

Entretien accordé à l'AMEJDAM en novembre 2015, voir lien ici


ENFERMEMENT ET LIBERTÉ 
une exposition à L'Espace Wilson, 2, place Wilson, à Nice, 
du 3 avril au 20 avril 2018. 




Bernard Hejblum présente 15 sculptures, 15 cages fracassées, aplaties, compressées. Il dit et redit son refus de l'enfermement, mais c'est aussi une célébration de la liberté. Ces actes de destruction donnent naissance à de nouvelles structures où la liberté s'exprime dans une grande rigueur formelle. Il martèle le message – c'est à la fois évident et d'une grandiose simplicité. Les structures s'impriment dans notre mémoire et, une fois achevé le périple d'une œuvre à l'autre, reste le souvenir de l'émotion et la densité du propos. On reste fasciné par ces enchevêtrements savamment orchestrés. Les mailles des fils de fer jouent avec la lumière; un détail accroche notre regard, une petite clef sollicite notre imaginaire – est-ce la clef de l'enfermement ou celle de la liberté? À moins qu'il ne s'agisse de la clef des songes...






© Bernard Hejblum, 1998 



Des textes en regard des sculptures


Enfermement et Liberté

Comment dire la Liberté si ce n'est en montrant
ce qui s'oppose à elle - les cages, les chaînes et tous les
enfermements, pour les réduire à néant ?

****
Créer, acte de Liberté, partager son histoire,
pour donner sens au monde et emprunter
sa voie pour exister.

****
S'écarter, ne pas suivre la foule.
Liberté affichée n'est pas facilité.
Souvent adhérer c'est se couler dans le moule
Le plus grand nombre peut aussi se tromper. 

****
Enfermer même la pensée pour mieux la contrôler,
cages et prisons immatérielles, l'homme en est l'auteur
d'une effroyable rigueur.
Écraser ces cages, abjections d'enfermements
politiques ou religieux, mais être libre de ses usages.

****
La Liberté est un jardin où l'on laisse pousser 
les mauvaises herbes.
La plus difficile à porter est moins lourde
que la plus légère des chaînes. 

****
Obsession de la Liberté, détruire toutes les cages, aller au bout de son dessein
sans être sûr d'y parvenir, mais au moins tout essayer. 

L'interrogation


Bernard Hejblum écrit chaque jour, jusqu'à plus soif. Le poème ci-dessous date de Noël 2013.

Demain? 

Encore en vie, détruit enfant avant de me construire.
Pour me venir en aide ils sont nombreux à me dire de vivre et d'oublier.
Remèdes sans effets qui n'ont jamais calmé mes peurs ni mes angoisses.
Alors, à l'écart, faute de parler, j'écris, j'écrase des cages, j'y enferme parfois des clefs. 
Serait-ce une maigre consolation d'être mis en terre au cimetière de Bagneux dans le carré juif où repose Barbara? Nous pourrions converser. Au même âge que moi, elle a connu l'enfer de la traque et a échappé au massacre. 
Je pourrais alors me reposer et dormir de vraies nuits le reste de mes jours. 

Bernard Hejblum


Pour écouter Barbara chanter "Une petite cantate", cliquez ici

Et maintenant, il ne vous reste plus qu'à vous rendre à l'Espace Wilson, 2 place Wilson, à Nice, France.