UTILE À SAVOIR


Ce blog est alimenté par Jacques Lefebvre-Linetzky. Commentaires et retours bienvenus.


mercredi 7 février 2018

DESSINS CROISÉS


L'art de la miniature dérive de l'enluminure médiévale; il lui emprunte aussi son nom, puisque le terme de miniature semble provenir de minium, couleur rouge employée dans la décoration des manuscrits. Il n'est pas à exclure, en outre, que l'origine du terme puisse être trouvée dans le mot latin minus, "plus petit", d'où dériverait miniature, peinture de petites dimensions. Au XVIIe siècle, le mot s'orthographiait mignature et Diderot y reconnaissait la même racine que mignard, délicat. 

Roseline Bacou, Encyclopaedia Universalis




Le roi David en prière
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Le minuscule, porte étroite s'il en est, ouvre le monde, Gaston Bachelard, La Poétique de l'espace, 1957. 

Vous avez dit "minus"? 

Me voilà donc bien avancé. Mon intérêt pour l’extrêmement petit viendrait-il de mon côté « minus », moi qui ne suis pas très grand ? Je me revois enfant, dessiner de toutes petites choses, des gribouillis, des « doodles » comme on dit en anglais. Dès que j’étais gagné par l’ennui, je dessinais en pilote automatique. 



Carte de la Grèce antique
Image empruntée ici

J’aimais également dessiner des cartes géographiques. Je reconstituais les reliefs grâce à un système de hachures, complexe et coloré. Je me souviens de cette carte de la Grèce antique que j’avais mis des semaines à fignoler. L’exercice était périlleux – je travaillais avec des encres de chine de couleur, exclusivement à la plume. Le moindre dérapage pouvait tout gâcher. Il suffisait que la plume accroche, recueille une miette de papier et le tour n’était pas joué. Cette carte fut menée à bien et, désormais, elle n’existe plus que dans mon souvenir.


Sigmund...

J’ai eu une longue phase maniaque – au secours Sigmund ! Mon goût pour le minutieux m’a amené à rétrécir mon écriture. Je choisissais des plumes extrêmement fines et j’alignais des mots et des phrases d’une écriture à peine lisible. Mes professeurs s’arrachaient les cheveux, louaient l’intérêt de mes devoirs et me reprochaient mon écriture. Rien n’y faisait, je persistais dans mes égarements calligraphiques. J’ai eu une époque « penchée » et une époque « droite » et puis, un jour, j’ai décidé d’opter pour des plumes plus larges afin de régler le problème. Adieu Sigmund ! Enfin, presque…



Image empruntée ici

Dessins croisés

J’ai été rattrapé par le virus du minus quelques années plus tard. En classe de philosophie au lycée Masséna, j’ai trouvé mon maître en miniature en la personne de mon copain Jacques Fassola dont le deuxième prénom était Rémi – je n’invente rien. Il était d’une intelligence brillante et excellait dans de nombreux domaines avec une facilité déconcertante. C’était à la limite du supportable pour nous autres, simples mortels, et cela lui valait quelques inimitiés dont il ne semblait pas avoir conscience.  Je me retrouvai dans le cercle de ses amis, secrètement heureux de bénéficier de son aura, autant qu’il pouvait l’être de bénéficier de la mienne (!). Il collectionnait les disques de jazz et les volumes de la Pléiade, il jouait de la contrebasse et surtout, il dessinait. Il avait pris des cours de dessin et pendant des années, il avait dessiné des bouchons – des bouchons, rien que des bouchons, jusqu’à plus soif. Sa dextérité était étonnante. C’est ce qui a déclenché ma rechute. Je me suis remis à dessiner des miniatures. 

Nous utilisions des stylos Rotring et passions des heures, chacun de son côté, à exécuter des compositions enchevêtrées sur du papier bristol et bien sûr, comble de la perversion, nous utilisions une loupe. À la vérité, je ne sais pas qui influençait l'autre, qui copiait l'autre, nous n'étions pas en concurrence, mais en symbiose esthétique. Le Rotring interdisait toute souplesse dans le poignet ; la main se raidissait et il était impératif de faire des pauses régulières. Il était également nécessaire de veiller à bien remplir le réservoir d’une encre spécialement conçue pour le stylo. C’était une entreprise grisante qui nous mettait hors du temps et dans un espace vaste comme le monde. C’est au gré de ces dessins minuscules que j’ai découvert John Coltrane, Thelonious Monk, Miles Davis, Erroll Garner et Sarah Vaughan, entre autres. Pour écouter Sassy, cliquez ici :

Quelques années plus tard, Jacques s’est intéressé à la gravure et avec un copain bricoleur, il a mis au point une machine mystérieuse qui permettait de graver nos minuscules dessins. Il me reste un exemple qui date de 1969, me semble-t-il.




© Jacques Fassola

Nos chemins se sont séparés. Jacques s’est passionné pour Bali. Plus tard, il a même écrit un livre, Bali, jardin des immortels, couronné par l’Académie française. De mon côté, je me suis consacré avec enthousiasme à mes études d’anglais. Entre deux cours, je me plongeais dans mon petit monde graphique. À ma grande honte, je dois avouer qu’il m’arrivait de dessiner pendant les cours au lieu de prendre des notes...





© Jacques L+L




© Jacques L+L (détail)

J’ai continué, au fil des années, à voyager dans ce monde minuscule jusqu’au jour où j’ai eu l’impression d’être enfermé dans un système. Brutalement, j’ai laissé de côté mes Rotring et ma loupe. Ce fut une parenthèse d’une bonne trentaine d’années.
Jacques a continué, à temps perdu. Dans les années 1990, il s’est amusé à décorer des chaussures de tennis avec des petits gribouillis multicolores. Il a exposé d'autres travaux à L'usine en 1996. On y reconnait bien son goût pour une sorte de fourmillement Technicolor. 




© Jacques Fassola
Image empruntée ici

Je croyais donc en avoir terminé avec le monde du minus. Nenni point, c’est revenu en boomerang il y a une dizaine d’années. J’ai retrouvé ma loupe, mes feuilles de papier bristol et j’ai troqué mes Rotring contre d’efficaces stylo japonais dont l’encre sèche instantanément. C’est ainsi que j’ai commencé une série de colosses – des personnages monolithiques et primitifs. Le minus se faisait massif. Ne me demandez pas ce qu’il faut en penser au point de vue psychanalytique, seul Sigmund pourrait percer ce mystère. Un jour, je lui ferai un sort, à Sigmund, et je le transformerai en colosse dans son bureau au numéro 19 de la Berggasse à Vienne.


© Jacques L+L


Pareille démarche relève à la fois de l’obsessionnel et de l’accidentel car la composition se fait au fur et à mesure que l’on progresse dans l’agencement des formes externes et internes. La matière prend forme au gré des circonvolutions, des creux et des lignes. La progression est lente. Il faut maintenir un rythme mesuré et soigner le trait – tout est affaire de patience, c’est un défi de taille. 




© Jacques L+L

Le dessin devient volume, il est une sculpture en devenir. 


© Jacques L+L


Ultime cadeau

Jacques Fassola n’est plus. Il a plié bagage pour de bon à la fin de l’été dernier et je n’ai pas eu le cœur de reprendre mes dessins minuscules. Souvent, je fouille dans mes archives, à la recherche de nos tentatives communes et le passé resurgit en volutes mémorielles.




© Jacques Fassola

J’ai sous les yeux l’un de ses derniers courriers. Il m’a envoyé un tout petit marque-page illustré de sa main. Au dos, il a écrit ces mots : « Petit marque-page à laisser dans un livre quand il devient lassant. » J’ai bien trop peur de le perdre pour le laisser dans un livre…  


vendredi 29 décembre 2017

LE JUDO EST UN ART




Bien sûr, cela va de soi, le judo est un art martial, un ensemble de techniques de combat, mais c’est, selon ma propre expérience, un art, une pratique proche de la méditation, une aventure personnelle faite de réussites, d’échecs et de défis à relever. C’est un art exigeant dont le but ultime est d’accéder à la beauté du geste. Maîtriser le geste c’est le rendre facile, naturel, spontané alors même qu’il relève de l’artifice. La beauté du geste, c’est traquer l’invisible derrière le visible.



© Jacques Lefebvre-Linetzky

Je ne vais pas vous conter l’histoire du judo depuis ses origines, il y a des livres et des encyclopédies pour cela. Je vais plutôt procéder par impressions au fil de mon expérience personnelle, une longue expérience puisque j’ai découvert cet art à l’âge de 13 ans en 1960 et qu’il fait toujours partie de ma vie en dépit de l’âge et des blessures.


© Jacques Lefebvre-Linetzky

Le judogi

La veste, le pantalon et la ceinture sont les éléments constitutifs du judogi. Revêtir sa tenue, nouer sa ceinture, sont les actes premiers d’un cérémonial destiné à opérer une transformation de l’individu en combattant respectueux de lui-même et des autres. Porter ces vêtements avec élégance est toujours le signe d’une grande maîtrise technique. Les grands champions, les maîtres de cet art, auréolés de leurs victoires, arborent une mise sans faille.
Le vêtement sculpte le corps et en dissimule la musculature saillante, parfois révélée lors d’un combat. Entre deux assauts, l’arbitre veille à ce que les combattants mettent de l’ordre dans leur tenue. La prise du Kumi-Kata ou prise de garde, est l’objet d’échanges qui peuvent paraître fastidieux aux non-initiés. La saisie met en jeu des stratégies où rythme et distance sont primordiaux.


Le rituel

L’entraînement commence par le rituel du salut face au professeur. C’est un moment de silence, de recueillement et de communion où tous les grades sont présents. On salue à la fois le lieu et le maître ; on laisse derrière soi les soucis de la journée, on respire autrement, le temps est mis entre parenthèses. Le corps engourdi, les genoux douloureux, on se concentre pour faire le vide. La cérémonie plonge parfois dans l’actualité de la vie du club – les victoires aux différentes compétitions, les passages de grades. 
Pour clore l’entraînement, on revient saluer. C’est le retour au calme après l’intensité des efforts déployés. Le corps n’est pas encore douloureux malgré les chocs et les torsions. On se trouve alors « hors de son corps » dans une sorte de lévitation intérieure.
Avant et après un combat, le salut est également indispensable. C’est une marque de respect pour son adversaire ainsi que l’expression de la gratitude que l’on éprouve d’avoir pu ainsi progresser dans la maîtrise de son sport.

Le tatami

Dès que l’on pose le pied sur le tatami, on le salue. On ne peut pas dire que l’on marche sur cette surface. La perception est totalement unique dans la mesure où on est pieds nus. On devient félin, on glisse, on effleure le sol, on éprouve une certaine fébrilité. La démarche, c’est l’élégance suprême du judoka. Il a les deux pieds bien ancrés au sol, mais c’est essentiellement un être aérien. Les pieds doivent rester parallèles, ils doivent être dans l’axe des épaules, c’est une loi inaltérable. Croiser les pieds, c’est prendre le risque d’être « balayé ».



© Jacques Lefebvre-Linetzky


Un principe fondamental : la souplesse ou l’art de céder selon Jigoro Kano, le « père-fondateur » du judo

« Prenons l’exemple d’un homme qui se tiendrait devant moi et dont la force, supérieure à la mienne, serait dans un rapport de dix à sept. S’il me pousse de toute sa force, il est certain que je serai rejeté en arrière ou renversé, même si je mobilise toute ma force contre lui. Mais si, au lieu de m’opposer à lui, je laisse la voie libre à sa force, en retirant mon corps, juste à l’instant où sa poussée est maximale, en prenant soin de garder mon équilibre, alors naturellement il se penchera vers l’avant, et ainsi perdra son équilibre. »

Jigoro Kano, Judo Kodokan, La bible du judo, Budo Éditions, 1999, p : 17.



© Jacques Lefebvre-Linetzky


La répétition

C’est l’exigence première. Il faut répéter les gestes, les déplacements, les mémoriser, les intégrer pour qu’ils deviennent naturels. Le processus d’intégration est à la fois physique et mental en un va-et-vient permanent. Est-ce le corps qui pense ou le cerveau qui agit ? En fait, il y a osmose. La répétition s’inscrit dans le temps et l’espace ; elle fonctionne selon des rythmes établis lors du travail d’uchi-komi. Mais répète-on vraiment la même technique ? Il suffit de changer le placement d’un pied ou d’une main pour que tout change pour le meilleur ou pour le pire. Il suffit de changer de garde pour se sentir soudain maladroit. La répétition permet de gagner en vitesse et surtout elle rend plus libre. C’est de l’extrême contrainte que naît la liberté. Lorsque la technique est parfaitement exécutée, il n’y a plus de force en jeu, il n’y a plus d’effort, tout est fluidité. Le geste est alors magique et d’une suprême élégance. Enfin, la beauté du geste repose sur la communion entre les deux partenaires, uké (celui qui subit l’action) et tori (celui qui agit).



© Jacques Lefebvre-Linetzky

Le cercle

Nombreuses sont les techniques qui intègrent le cercle. Le judo partage cette « figure de style » avec l’aïkido. Le cercle s’inscrit dans le temps et l’espace – son but ultime est de créer le vide afin de provoquer la chute de l’adversaire. On peut tourner autour du genou d’uké, fouetter l’extérieur de la jambe, percuter l’intérieur de cette même jambe, s’accroupir pour le faire basculer par-dessus ses épaules, créer une confusion pour revenir au point de départ de son action, faire mine de se sacrifier et se servir de sa jambe comme levier. Le cercle est parfait car il ne comporte ni début, ni fin.



© Jacques Lefebvre-Linetzky


La technique du balayage

Pour comprendre ce dont il s’agit il suffit d’observer un chaton qui joue avec une balle de ping-pong. La patte en cuillère, il pousse la balle d’un geste vif et léger. L’âme du judo est dans le balayage. Il est souvent précédé d’une technique d’effacement – c’est ainsi que l’on crée le vide. Le partenaire est aspiré et soudain, le vide se crée devant lui. Il suffit alors de l’accompagner en le tirant ou le poussant avec la légèreté de ce même chaton. Le contact en est presque imperceptible. Nous sommes là en présence d’une figure éminemment artistique, sans effort apparent. Nul ne peut y résister lorsqu’elle est maîtrisée. Elle permet, en outre et surtout, au plus petit de triompher de plus grand, au plus léger de triompher du plus lourd. Il suffit d’effleurer la base du pied au bon moment, mais il faut savoir « créer » ce bon moment et cela requiert un long travail. Subir un balayage est également une expérience unique – sentir son corps glisser au-dessus du sol, amortir la chute et se relever, comme si de rien n’était, comme si on avait été frôlé par la caresse d’un vent silencieux. Au judo, chuter, c'est progresser.

Pour découvrir les techniques du balayage, cliquez ici



© Jacques Lefebvre-Linetzky

Le travail

L’esprit du judo est fondé sur le travail. Il n’y a pas de progression sans travail, il n’y a pas de progression sans souffrance. Le corps du judoka emmagasine des heures de travail et mémorise l’impact des assauts. Jigoro Kano a déterminé d’emblée l’importance d’un travail fondé sur deux méthodes d’entraînement :

« Les méthodes d’entraînement fondamentales (…) sont le kata et le randori. Le kata, que l’on peut traduire par « forme », est un ensemble de mouvements prédéterminés qui enseigne les bases essentielles de l’attaque et de la défense. En plus des projections et des contrôles aussi présents dans le randori, le kata contient des techniques d’attaque au poing ou au pied, ainsi que différentes frappes à l’arme blanche. Ces dernières ne sont effectuées qu’en kata car seul le kata permet de connaître par avance les mouvements de l’adversaire.
Le randori, qui signifie « entraînement libre », se pratique en couple, dans les conditions de la compétition. Les adversaires peuvent utiliser les projections, les strangulations et les luxations, mais il leur est interdit de donner des coups de poing, de pied ou d’utiliser d’autres techniques propres au combat réel ; en randori on doit avant tout faire attention à ne pas se blesser et à obéir aux règles d’étiquette du judo qu’il faut impérativement respecter pour tirer un maximum de bénéfice de cette pratique. (…)
Le kata et le randori sont deux formes d’entraînement de l’esprit, mais des deux, le randori est le plus efficace.
Dans le randori, le pratiquant cherche les faiblesses de l’adversaire et doit être prêt à attaquer avec tous les moyens dont il dispose, quand l’occasion se présente, en respectant les règles du judo. La pratique du randori rend le judoka sérieux, sincère, méditatif, prudent mais aussi décidé dans l’action. De la même manière, le pratiquant apprendra à analyser la situation et à prendre des décisions rapides, pour agir avec célérité, car l’hésitation est impossible lorsqu’il est question d’attaque ou de défense en randori. »

Jigoro Kano, Judo Kodokan, La bible du judo, Budo Éditions, 1999, pp : 34 & 35.



© Jacques Lefebvre-Linetzky


Choisir sa technique de prédilection

C’est un choix qui s’impose à soi, le plus souvent en fonction de sa morphologie et de ses qualités physiques. Certaines techniques sont plus accessibles que d’autres ; certaines favorisent les grands, d’autres, les petits. On façonne sa propre technique en y apportant des petites améliorations, des réglages personnels. On répète, on imagine comment « placer » son mouvement lors d'un combat, on visualise un enchaînement. Il suffit d’un rien, d’un presque rien, une légère poussée ou une tirade au moment opportun, pour que le corps se place et que le partenaire chute. 
Parfois, en raison d’une blessure, le mouvement devient impossible, le corps se rebelle, il faut relever un nouveau défi. Il faut tout reprendre, répéter un geste non maîtrisé à l’infini, dompter son propre corps pour le modeler, lui donner une nouvelle « forme ». On découvre les subtilités de mouvements complexes, on redevient un débutant. Le judo est l’art de l’humilité.

Mes techniques favorites


Ashi-guruma (roue autour de la jambe)
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Hane-goshi (hanche percutée)
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Sasae-tsuri-komi-ashi (blocage du pied en soulevant)
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© Jacques Lefebvre-Linetzky


Illustrations

L’encre de Chine me fut d'emblée une évidence. C’est l’encre de la calligraphie, un art voisin du judo à bien des égards : fluidité, souplesse, rapidité d’exécution, maîtrise du geste. Loin de moi l’idée de me comparer aux grands maîtres de la « belle écriture », j’ai simplement tenté de transcrire mes impressions. Je suis passé par une phase intense d’uchi-komi afin de perfectionner mon geste de sorte qu’il soit une empreinte vitale sur la feuille de dessin. J’ai cherché l’ultime point de tension où on ne sait ce qui guide la main - est-ce le corps ou le cerveau ? La trace rouge est à la fois présente dans sa luminosité et absente en tant que signature. Présence-absence, c’est l’essence même de l’art du judo où le vide appelle la chute. 





À mes Maîtres

Je dédie ce billet de blog aux Maîtres qui m'ont tant appris :

José Allari
Robert Bonnard
Marc Écauvre
Jean-Pierre Hitte
Daniel Pinatel
Thomas Pomarès
Henry Roumendas


Quelques liens

Le haut lieu du judo azuréen, c'est le dojo Hervé Allari à Saint-Laurent-du-Var. Cliquez ici et vous pourrez découvrir un espace unique encadré par un ensemble de professeurs  hautement qualifiés sous la houlette de Maître José Allari, 8e Dan. 

Si vous êtes intéressé par le travail des pionniers du judo en France, cliquez ici.

La Fédération Française de Judo, c'est ici.

dimanche 3 décembre 2017

PAUL CONTE, L'ASCENSIONNISTE






"La création est une ascension perpétuelle, de la brute vers l'homme, de l'homme vers Dieu."
Victor Hugo, Post-Scriptum de ma vie (1901). 




© Paul Conte, DR. 

"Je ne vois pas ce que l'esprit d'un philosophe pourrait désirer de meilleur que d'être un bon danseur." 
Friedrich Nietzsche, Le gai Savoir. 





© Paul Conte, DR. 

Paul Conte est de retour et c'est à Marseille que cela se passe. Laissez-le vous prendre par la main, gravissez les cieux en sa compagnie colorée et baroque, prenez de la hauteur. Le voyage en vaut la peine, vous vous sentirez plus léger. Le peintre est aérien, ses coups de pinceaux sont des frôlements de l'âme - il danse sur la toile. Ses rouges éclatants, ses jaunes lumineux et surtout ce bleu profond, dense et palpitant, virevoltent devant nos yeux ébahis. On a envie de percer le secret de ce bleu et, en même temps, on en savoure le mystère. Il faut se garder de vouloir percer tous les mystères... 




© Paul Conte, DR.

L'exposition a lieu à l'abbaye de Saint-Victor, place de l'abbaye, 13007 Marseille, France. Le vernissage, c'est le dimanche 10 décembre en présence de Paul à partir de 15h. Vous pourrez admirer les tableaux de Paul dans ce lieu magique jusqu'au 17 décembre 2017. 


Laissons parler le peintre...






© Paul Conte, DR. 



L'ascension des saints ou le deuil extasié


Cela doit certainement se décider en haut lieu... 

Une fois tout bien pesé, l'affaire entendue, l'ordre donné, l'opération est lancée.
Tout va alors vite et impeccablement: c'est une technique éprouvée et parfaitement au point dont on ne semble pas connaître d'échec. Son succès tient pour une grande part à la rapidité d'exécution, c'est-à-dire à l'effet de surprise. 
Cependant, un parfait entendement des phénomènes d'aérobie et des lois de la physique des explosions doit y être aussi pour quelque chose. En effet, si on ne peut déceler là rien du comportement naturel de l'oiseau volant ou de l'intrépide mécanique du battement d'ailes, on pensera plutôt à l'action d'un commando spécialisé dans le coup de main, le rapt, l'exécution sommaire; à quelque chose qui est indubitablement comme militaire.





© Paul Conte, DR. 

La poussée verticale s'appuie sur le sol horizontal, solide et dur, humain par destination. Il faut, pour le quitter, rassembler étroitement des forces inimaginables, en maîtriser l'action en un lieu et un temps précis. L'ascensionniste (faut-il le préciser?) n'a rien de l'hydroglisseur, mais tout de la fusée. À ce moment, c'est une apothéose violente, explosive, ardente...


Plus tard, il planera, pense-t-on, et plus haut, dans un espace calmé et totalement invisible d'ici, une fois accueilli par des personnages emblématiques, assignés à l'escorte et préparés à la mission de réception. 


Les rares documents visuels que nous possédons (ils proviennent presque exclusivement des peintres, comme un fait exprès.), montrent l'hébétude puis la stupeur - qui est le second degré de l'hébétude - des témoins (parmi lesquels il y a peut-être des complices...), et, à peine hors sol, l'effarement; puis, arrivé, la béatitude supposée du spationaute.


Après l'explosion du décollage proprement dit, la montée semble d'une manière plus régulière, moins brutale - n'est-ce qu'une impression due à l'éloignement progressif? - et cependant inexorable: un point et c'est tout...

Puis, plus rien. Comprenez-vous bien, plus rien !
Plus rien au sol, non plus, si ce n'est, à l'endroit de l'enlèvement, un bref et léger tourbillon aérien que colore une poussière d'or et d'argent si fine que les particules ne se déposeront jamais à terre, au grand dam des spectateurs-témoins (complices?), les privant ainsi de toutes espèces de preuves. 

Reste, seule, la disparition phénoménale et peut alors commencer, pour les rescapés, le deuil extasié.