UTILE À SAVOIR


Ce blog est alimenté par Jacques Lefebvre-Linetzky. Commentaires et retours bienvenus.


vendredi 29 décembre 2017

LE JUDO EST UN ART




Bien sûr, cela va de soi, le judo est un art martial, un ensemble de techniques de combat, mais c’est, selon ma propre expérience, un art, une pratique proche de la méditation, une aventure personnelle faite de réussites, d’échecs et de défis à relever. C’est un art exigeant dont le but ultime est d’accéder à la beauté du geste. Maîtriser le geste c’est le rendre facile, naturel, spontané alors même qu’il relève de l’artifice. La beauté du geste, c’est traquer l’invisible derrière le visible.



© Jacques Lefebvre-Linetzky

Je ne vais pas vous conter l’histoire du judo depuis ses origines, il y a des livres et des encyclopédies pour cela. Je vais plutôt procéder par impressions au fil de mon expérience personnelle, une longue expérience puisque j’ai découvert cet art à l’âge de 13 ans en 1960 et qu’il fait toujours partie de ma vie en dépit de l’âge et des blessures.


© Jacques Lefebvre-Linetzky

Le judogi

La veste, le pantalon et la ceinture sont les éléments constitutifs du judogi. Revêtir sa tenue, nouer sa ceinture, sont les actes premiers d’un cérémonial destiné à opérer une transformation de l’individu en combattant respectueux de lui-même et des autres. Porter ces vêtements avec élégance est toujours le signe d’une grande maîtrise technique. Les grands champions, les maîtres de cet art, auréolés de leurs victoires, arborent une mise sans faille.
Le vêtement sculpte le corps et en dissimule la musculature saillante, parfois révélée lors d’un combat. Entre deux assauts, l’arbitre veille à ce que les combattants mettent de l’ordre dans leur tenue. La prise du Kumi-Kata ou prise de garde, est l’objet d’échanges qui peuvent paraître fastidieux aux non-initiés. La saisie met en jeu des stratégies où rythme et distance sont primordiaux.


Le rituel

L’entraînement commence par le rituel du salut face au professeur. C’est un moment de silence, de recueillement et de communion où tous les grades sont présents. On salue à la fois le lieu et le maître ; on laisse derrière soi les soucis de la journée, on respire autrement, le temps est mis entre parenthèses. Le corps engourdi, les genoux douloureux, on se concentre pour faire le vide. La cérémonie plonge parfois dans l’actualité de la vie du club – les victoires aux différentes compétitions, les passages de grades. 
Pour clore l’entraînement, on revient saluer. C’est le retour au calme après l’intensité des efforts déployés. Le corps n’est pas encore douloureux malgré les chocs et les torsions. On se trouve alors « hors de son corps » dans une sorte de lévitation intérieure.
Avant et après un combat, le salut est également indispensable. C’est une marque de respect pour son adversaire ainsi que l’expression de la gratitude que l’on éprouve d’avoir pu ainsi progresser dans la maîtrise de son sport.

Le tatami

Dès que l’on pose le pied sur le tatami, on le salue. On ne peut pas dire que l’on marche sur cette surface. La perception est totalement unique dans la mesure où on est pieds nus. On devient félin, on glisse, on effleure le sol, on éprouve une certaine fébrilité. La démarche, c’est l’élégance suprême du judoka. Il a les deux pieds bien ancrés au sol, mais c’est essentiellement un être aérien. Les pieds doivent rester parallèles, ils doivent être dans l’axe des épaules, c’est une loi inaltérable. Croiser les pieds, c’est prendre le risque d’être « balayé ».



© Jacques Lefebvre-Linetzky


Un principe fondamental : la souplesse ou l’art de céder selon Jigoro Kano, le « père-fondateur » du judo

« Prenons l’exemple d’un homme qui se tiendrait devant moi et dont la force, supérieure à la mienne, serait dans un rapport de dix à sept. S’il me pousse de toute sa force, il est certain que je serai rejeté en arrière ou renversé, même si je mobilise toute ma force contre lui. Mais si, au lieu de m’opposer à lui, je laisse la voie libre à sa force, en retirant mon corps, juste à l’instant où sa poussée est maximale, en prenant soin de garder mon équilibre, alors naturellement il se penchera vers l’avant, et ainsi perdra son équilibre. »

Jigoro Kano, Judo Kodokan, La bible du judo, Budo Éditions, 1999, p : 17.



© Jacques Lefebvre-Linetzky


La répétition

C’est l’exigence première. Il faut répéter les gestes, les déplacements, les mémoriser, les intégrer pour qu’ils deviennent naturels. Le processus d’intégration est à la fois physique et mental en un va-et-vient permanent. Est-ce le corps qui pense ou le cerveau qui agit ? En fait, il y a osmose. La répétition s’inscrit dans le temps et l’espace ; elle fonctionne selon des rythmes établis lors du travail d’uchi-komi. Mais répète-on vraiment la même technique ? Il suffit de changer le placement d’un pied ou d’une main pour que tout change pour le meilleur ou pour le pire. Il suffit de changer de garde pour se sentir soudain maladroit. La répétition permet de gagner en vitesse et surtout elle rend plus libre. C’est de l’extrême contrainte que naît la liberté. Lorsque la technique est parfaitement exécutée, il n’y a plus de force en jeu, il n’y a plus d’effort, tout est fluidité. Le geste est alors magique et d’une suprême élégance. Enfin, la beauté du geste repose sur la communion entre les deux partenaires, uké (celui qui subit l’action) et tori (celui qui agit).



© Jacques Lefebvre-Linetzky

Le cercle

Nombreuses sont les techniques qui intègrent le cercle. Le judo partage cette « figure de style » avec l’aïkido. Le cercle s’inscrit dans le temps et l’espace – son but ultime est de créer le vide afin de provoquer la chute de l’adversaire. On peut tourner autour du genou d’uké, fouetter l’extérieur de la jambe, percuter l’intérieur de cette même jambe, s’accroupir pour le faire basculer par-dessus ses épaules, créer une confusion pour revenir au point de départ de son action, faire mine de se sacrifier et se servir de sa jambe comme levier. Le cercle est parfait car il ne comporte ni début, ni fin.



© Jacques Lefebvre-Linetzky


La technique du balayage

Pour comprendre ce dont il s’agit il suffit d’observer un chaton qui joue avec une balle de ping-pong. La patte en cuillère, il pousse la balle d’un geste vif et léger. L’âme du judo est dans le balayage. Il est souvent précédé d’une technique d’effacement – c’est ainsi que l’on crée le vide. Le partenaire est aspiré et soudain, le vide se crée devant lui. Il suffit alors de l’accompagner en le tirant ou le poussant avec la légèreté de ce même chaton. Le contact en est presque imperceptible. Nous sommes là en présence d’une figure éminemment artistique, sans effort apparent. Nul ne peut y résister lorsqu’elle est maîtrisée. Elle permet, en outre et surtout, au plus petit de triompher de plus grand, au plus léger de triompher du plus lourd. Il suffit d’effleurer la base du pied au bon moment, mais il faut savoir « créer » ce bon moment et cela requiert un long travail. Subir un balayage est également une expérience unique – sentir son corps glisser au-dessus du sol, amortir la chute et se relever, comme si de rien n’était, comme si on avait été frôlé par la caresse d’un vent silencieux. Au judo, chuter, c'est progresser.

Pour découvrir les techniques du balayage, cliquez ici



© Jacques Lefebvre-Linetzky

Le travail

L’esprit du judo est fondé sur le travail. Il n’y a pas de progression sans travail, il n’y a pas de progression sans souffrance. Le corps du judoka emmagasine des heures de travail et mémorise l’impact des assauts. Jigoro Kano a déterminé d’emblée l’importance d’un travail fondé sur deux méthodes d’entraînement :

« Les méthodes d’entraînement fondamentales (…) sont le kata et le randori. Le kata, que l’on peut traduire par « forme », est un ensemble de mouvements prédéterminés qui enseigne les bases essentielles de l’attaque et de la défense. En plus des projections et des contrôles aussi présents dans le randori, le kata contient des techniques d’attaque au poing ou au pied, ainsi que différentes frappes à l’arme blanche. Ces dernières ne sont effectuées qu’en kata car seul le kata permet de connaître par avance les mouvements de l’adversaire.
Le randori, qui signifie « entraînement libre », se pratique en couple, dans les conditions de la compétition. Les adversaires peuvent utiliser les projections, les strangulations et les luxations, mais il leur est interdit de donner des coups de poing, de pied ou d’utiliser d’autres techniques propres au combat réel ; en randori on doit avant tout faire attention à ne pas se blesser et à obéir aux règles d’étiquette du judo qu’il faut impérativement respecter pour tirer un maximum de bénéfice de cette pratique. (…)
Le kata et le randori sont deux formes d’entraînement de l’esprit, mais des deux, le randori est le plus efficace.
Dans le randori, le pratiquant cherche les faiblesses de l’adversaire et doit être prêt à attaquer avec tous les moyens dont il dispose, quand l’occasion se présente, en respectant les règles du judo. La pratique du randori rend le judoka sérieux, sincère, méditatif, prudent mais aussi décidé dans l’action. De la même manière, le pratiquant apprendra à analyser la situation et à prendre des décisions rapides, pour agir avec célérité, car l’hésitation est impossible lorsqu’il est question d’attaque ou de défense en randori. »

Jigoro Kano, Judo Kodokan, La bible du judo, Budo Éditions, 1999, pp : 34 & 35.



© Jacques Lefebvre-Linetzky


Choisir sa technique de prédilection

C’est un choix qui s’impose à soi, le plus souvent en fonction de sa morphologie et de ses qualités physiques. Certaines techniques sont plus accessibles que d’autres ; certaines favorisent les grands, d’autres, les petits. On façonne sa propre technique en y apportant des petites améliorations, des réglages personnels. On répète, on imagine comment « placer » son mouvement lors d'un combat, on visualise un enchaînement. Il suffit d’un rien, d’un presque rien, une légère poussée ou une tirade au moment opportun, pour que le corps se place et que le partenaire chute. 
Parfois, en raison d’une blessure, le mouvement devient impossible, le corps se rebelle, il faut relever un nouveau défi. Il faut tout reprendre, répéter un geste non maîtrisé à l’infini, dompter son propre corps pour le modeler, lui donner une nouvelle « forme ». On découvre les subtilités de mouvements complexes, on redevient un débutant. Le judo est l’art de l’humilité.

Mes techniques favorites


Ashi-guruma (roue autour de la jambe)
Cliquez ici


Hane-goshi (hanche percutée)
Cliquez ici


Sasae-tsuri-komi-ashi (blocage du pied en soulevant)
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© Jacques Lefebvre-Linetzky


Illustrations

L’encre de Chine me fut d'emblée une évidence. C’est l’encre de la calligraphie, un art voisin du judo à bien des égards : fluidité, souplesse, rapidité d’exécution, maîtrise du geste. Loin de moi l’idée de me comparer aux grands maîtres de la « belle écriture », j’ai simplement tenté de transcrire mes impressions. Je suis passé par une phase intense d’uchi-komi afin de perfectionner mon geste de sorte qu’il soit une empreinte vitale sur la feuille de dessin. J’ai cherché l’ultime point de tension où on ne sait ce qui guide la main - est-ce le corps ou le cerveau ? La trace rouge est à la fois présente dans sa luminosité et absente en tant que signature. Présence-absence, c’est l’essence même de l’art du judo où le vide appelle la chute. 





À mes Maîtres

Je dédie ce billet de blog aux Maîtres qui m'ont tant appris :

José Allari
Robert Bonnard
Marc Écauvre
Jean-Pierre Hitte
Daniel Pinatel
Thomas Pomarès
Henry Roumendas


Quelques liens

Le haut lieu du judo azuréen, c'est le dojo Hervé Allari à Saint-Laurent-du-Var. Cliquez ici et vous pourrez découvrir un espace unique encadré par un ensemble de professeurs  hautement qualifiés sous la houlette de Maître José Allari, 8e Dan. 

Si vous êtes intéressé par le travail des pionniers du judo en France, cliquez ici.

La Fédération Française de Judo, c'est ici.

dimanche 3 décembre 2017

PAUL CONTE, L'ASCENSIONNISTE






"La création est une ascension perpétuelle, de la brute vers l'homme, de l'homme vers Dieu."
Victor Hugo, Post-Scriptum de ma vie (1901). 




© Paul Conte, DR. 

"Je ne vois pas ce que l'esprit d'un philosophe pourrait désirer de meilleur que d'être un bon danseur." 
Friedrich Nietzsche, Le gai Savoir. 





© Paul Conte, DR. 

Paul Conte est de retour et c'est à Marseille que cela se passe. Laissez-le vous prendre par la main, gravissez les cieux en sa compagnie colorée et baroque, prenez de la hauteur. Le voyage en vaut la peine, vous vous sentirez plus léger. Le peintre est aérien, ses coups de pinceaux sont des frôlements de l'âme - il danse sur la toile. Ses rouges éclatants, ses jaunes lumineux et surtout ce bleu profond, dense et palpitant, virevoltent devant nos yeux ébahis. On a envie de percer le secret de ce bleu et, en même temps, on en savoure le mystère. Il faut se garder de vouloir percer tous les mystères... 




© Paul Conte, DR.

L'exposition a lieu à l'abbaye de Saint-Victor, place de l'abbaye, 13007 Marseille, France. Le vernissage, c'est le dimanche 10 décembre en présence de Paul à partir de 15h. Vous pourrez admirer les tableaux de Paul dans ce lieu magique jusqu'au 17 décembre 2017. 


Laissons parler le peintre...






© Paul Conte, DR. 



L'ascension des saints ou le deuil extasié


Cela doit certainement se décider en haut lieu... 

Une fois tout bien pesé, l'affaire entendue, l'ordre donné, l'opération est lancée.
Tout va alors vite et impeccablement: c'est une technique éprouvée et parfaitement au point dont on ne semble pas connaître d'échec. Son succès tient pour une grande part à la rapidité d'exécution, c'est-à-dire à l'effet de surprise. 
Cependant, un parfait entendement des phénomènes d'aérobie et des lois de la physique des explosions doit y être aussi pour quelque chose. En effet, si on ne peut déceler là rien du comportement naturel de l'oiseau volant ou de l'intrépide mécanique du battement d'ailes, on pensera plutôt à l'action d'un commando spécialisé dans le coup de main, le rapt, l'exécution sommaire; à quelque chose qui est indubitablement comme militaire.





© Paul Conte, DR. 

La poussée verticale s'appuie sur le sol horizontal, solide et dur, humain par destination. Il faut, pour le quitter, rassembler étroitement des forces inimaginables, en maîtriser l'action en un lieu et un temps précis. L'ascensionniste (faut-il le préciser?) n'a rien de l'hydroglisseur, mais tout de la fusée. À ce moment, c'est une apothéose violente, explosive, ardente...


Plus tard, il planera, pense-t-on, et plus haut, dans un espace calmé et totalement invisible d'ici, une fois accueilli par des personnages emblématiques, assignés à l'escorte et préparés à la mission de réception. 


Les rares documents visuels que nous possédons (ils proviennent presque exclusivement des peintres, comme un fait exprès.), montrent l'hébétude puis la stupeur - qui est le second degré de l'hébétude - des témoins (parmi lesquels il y a peut-être des complices...), et, à peine hors sol, l'effarement; puis, arrivé, la béatitude supposée du spationaute.


Après l'explosion du décollage proprement dit, la montée semble d'une manière plus régulière, moins brutale - n'est-ce qu'une impression due à l'éloignement progressif? - et cependant inexorable: un point et c'est tout...

Puis, plus rien. Comprenez-vous bien, plus rien !
Plus rien au sol, non plus, si ce n'est, à l'endroit de l'enlèvement, un bref et léger tourbillon aérien que colore une poussière d'or et d'argent si fine que les particules ne se déposeront jamais à terre, au grand dam des spectateurs-témoins (complices?), les privant ainsi de toutes espèces de preuves. 

Reste, seule, la disparition phénoménale et peut alors commencer, pour les rescapés, le deuil extasié. 





jeudi 23 novembre 2017

ALAIN KLEINMANN ET LE LIVRE

ALAIN KLEINMANN: UNE OEUVRE PEUPLÉE DE LIVRES
UNE CONFÉRENCE DE JACQUES LEFEBVRE-LINETZKY
ESPACE WILSON
2, PLACE WILSON

NICE

LE MERCREDI 29 NOVEMBRE 2017 À 19H


Chers amis, 

Une brassée de mercis à toutes celles et ceux qui ont pu se rendre au vernissage de mon exposition hier soir. Si vous étiez pris par d’autres engagements, vous pourrez voir l’exposition jusqu’au 5 janvier 2018 et même la voir ou la revoir ce mercredi 29 novembre.

Dans le prolongement de cette exposition, je vous propose une conférence sur le travail d’Alain Kleinmann. Peintre de la mémoire d’un peuple décimé, il n’est pas pour autant un peintre mortifère. C’est la vie qui surgit en un défi à la folie des hommes. Il peint des visages, des objets; il fait surgir des traces, des numéros, des ombres translucides. Il sculpte le temps, il pétrit la matière, il convoque le rêve et nous éblouit. 

Dans un va et vient constant, nous regardons sa peinture et sa peinture nous regarde.

Je vous propose d’explorer la place du livre dans ce monde où le visible rejoint l’invisible. 

La participation aux frais est de 5 €. 

À très bientôt, 

Jacques Lefebvre-Linetzky





lundi 11 septembre 2017

PAUL CONTE À SAINT-PAUL DE VENCE






© Jacques Lefebvre-Linetzky, DR. 


Les couleurs de l'été balayées par la pluie
samedi 9 septembre 2017

La pluie battait le pavé, le ciel était bas et lourd, chacun se pressait sous l’abri précaire d’un parapluie. Les nuages étaient en pétard, le paysage était enveloppé d’une gaze ruisselante. C’était gris, c’était beau et surprenant dans ce pays habituellement inondé de soleil. On ne se pressait pas uniquement pour éviter de se tremper, on se pressait pour deviser avec les lumineuses couleurs du monde imaginé par Paul Conte.



© Paul Conte, DR.


Un magicien, un chorégraphe, un enchanteur…

Du 9 septembre au 28 octobre 2017, à l’Espace Verdet,  Paul Conte présente une remarquable série d’œuvres sur papier. C’est un magicien, un chorégraphe, un enchanteur. Il nous promène dans l’espace et le temps. On est transporté dans un univers baroque plus romain que vénitien. Sa peinture est élévation, elle est répétition et symétrie. Elle est surtout la marque d’une intense liberté née de la maîtrise magistrale d’une technique savante et discrète.



© Paul Conte, DR

Des personnages surgissent, vêtus d'aquarelle et de gouache. Ils virevoltent, se rapprochent les uns des autres et s'étreignent. Il arrive même qu'ils s'affrontent dans de glorieux combats dont l'enjeu reste mystérieux. C'est une peinture aérienne au sens nietzschéen du terme. Il n'y a jamais rien de pesant dans l'utilisation de la matière, à la fois fluide et consistante. C'est une peinture que l'on respire et qui nous aide à vivre. Ces ballets chatoyants sont le meilleur remède aux coups de blues. 



© Paul Conte, DR. 

Dal balcone che guarda in giardino (Vue sur le jardin depuis le balcon), Les Noces de Figaro, Acte II, scène XI.

Les Noces de Figaro est un opéra en quatre actes de Wolfgang Amedeus Mozart (1756-1791). Il a été présenté pour la première fois au Burgtheater de Vienne (Autriche), le 1er mai 1786. Le livret de Lorenzo da Ponte (1749-1838) est adapté de la comédie de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro, 1781.



Image empruntée ici

L’exposition rend hommage à l’opéra de Mozart et cela convient au travail de Paul Conte, fait presque exclusivement de théâtralité musicale. La peinture de Paul Conte, à l’instar de la musique exprime l’ineffable, elle nous transporte dans un monde que nous faisons nôtre, elle est un temple de rêverie où l’âme se perd pour mieux se retrouver.




M. le Maire de Saint-Paul de Vence, Joseph Le Chapelain, 
accueille Paul Conte
© Jacques Lefebvre-Linetzky




Paul Conte et Mme Nadine Gastaud, adjointe déléguée à la culture et au Patrimoine
© Jacques Lefebvre-Linetzky

Lors du vernissage, Paul Conte a amplement commenté son enthousiasme pour la musique et son goût pour la vie. Notre peintre est un gourmand qui savoure les bons moments que la vie peut nous apporter. Admirer un tableau de Paul Conte, c’est apprendre à mieux vivre, cela fait du bien et c’est bon à prendre en ces temps où le malheur s’acharne de toutes parts. Nulle facilité toutefois dans la démarche du peintre qui reste lucide et ne cède jamais à la mièvrerie. Nos sens sont sollicités, les références sont multiples et plus nous regardons, plus nous découvrons. Paul Conte fait de nous des découvreurs de l’ineffable.



Paul Conte raconte Mozart
© Jacques Lefebvre-Linetzky, DR. 


Laissons le maître s’exprimer…


Le geste et la parole
© Jacques Lefebvre-Linetzky, DR. 

« Vous souvenez-vous ? C’est un joli point de vue : ni trop haut, ni trop bas, idéal pour la vision cavalière et qui permet d’estimer nettement la perspective tout autant que le premier plan. Parfaitement calculé, précis et naturel, avec intelligence et raison.
De là, on peut tout voir … c’est un avantage, un privilège qui ne doit pas laisser indifférent, bien au contraire… Imaginez, si, par bonheur, nous avons de nouveau ces fameuses précieuses places, comme nous sentirons encore bien le rideau se lever et comment nous accorderons l’imaginaire à la représentation de la réalité : des anges, des combats… des combats d’anges, peut-être même ? Et des noces… et des cortèges… Oh, là,là !... Et, rappelez-vous comme l’endroit est confortable, un véritable poste d’observation, le luxe en plus : il offre l’agrément de pouvoir vibrer ardemment, d’un esprit attentif et serein…
Les actions brutales que nous y contemplerons délicieusement nous sont de toutes manières familières, et, meglio ancora, inoffensives, protégés que nous serons, non seulement par les solides balustres, mais aussi par la situation élevée… »

Paul Conte, 2017


Une peinture baroque revisitée



Saint Dominique et Saint François préservant le monde de la colère du Christ,
Pierre-Paul Rubens, 1618-1620
Image empruntée ici



L'origine du mot "baroque", appelé à une si grande fortune, doit être raisonnablement reconnue dans le mot portugais barroco, qui désigne la perle irrégulière, voisin du castillan berrucco, qui était lui-même entré dans la langue technique de la joaillerie au XVIe siècle. Les dictionnaires français (Furetière, 1690; Académie française, 1718) l'ont accueilli avec ce sens, mais, assez rapidement, celui, figuré, d'étrange et presque de choquant fut admis. 

Source: Encyclopaedia Universalis

L'art baroque naît dans les grandes villes d'Italie telles que Rome, Florence et Venise pour ensuite se développer dans toute l'Europe. Ce courant apparaît à la fin du 16e siècle et se poursuit au 17e siècle. Le baroque est une réaction contre l'art de la renaissance et s'appuie sur des principes dits classiques. Les représentations dans les tableaux s'inspirent des sujets de l'antiquité, mais aussi et surtout des thèmes religieux catholiques. La notion de mouvement y est dominante et les représentations sont monumentales, chargées de détails. 
Les tableaux sont faits de courbes et de mouvements. Les scènes représentées sont minutieusement détaillées avec des jeux d'ombre et de lumière. Les personnages sont immortalisés en plein mouvement, très expressifs autant par le geste que par le regard. Les couleurs sont chaudes, riches et toutes en contrastes pour donner du volume aux corps humains.

Source, cliquez ici


© Paul Conte, DR. 


L'art de Paul Conte reprend l'esthétique du baroque, mais il s'épanouit dans des formats beaucoup plus petits. La monumentalité est absente de la peinture de Paul Conte car il tient à établir une intimité avec le spectateur. On s'installe dans sa peinture, elle ne vient jamais submerger le "regardeur".
Ce qui lui assure une modernité vibrante d'énergie, c'est le recours à la suggestion grâce à une forme d'effacement de la matière. Ainsi la peinture de Paul Conte fait voyager notre imaginaire dans un inachevé en perpétuel devenir. 


Une municipalité qui sait choyer ses artistes



© Paul Conte, DR. 


L'exposition Dal balcone che guardia in giardino a lieu jusqu'au 28 octobre 2017 à l'Espace Verdet, place de l'Hospice, 06570 Saint-Paul de Vence.

Téléphone: 04 93 32 41 64
Du mardi au samedi 10h à 13h - 14h à 18h
Pour consulter le site de Saint-Paul de Vence, cliquez ici


© Paul Conte, DR.


Ne manquez pas  cette exposition présentée de manière sobre et chic dans une très jolie salle. Vous pourrez également vous promener et admirer le panorama depuis les remparts. Écarquillez vos yeux et laissez vous guider par vos émotions. 

Texte et mise en page: Jacques Lefebvre-Linetzky